Moïse ( XIIIe siècle av. J.-C)
« Tu ne souffriras pas que la sorcière vive », déclare Moïse. Cette référence biblique était rappelée en préalable de toute accusation de sorcellerie au Moyen Âge. Et pourtant, Moïse fut lui même un grand magicien. Elevé à la cour du Pharaon après avoir été dans une corbeille sur le Nil, il fut initié à la Haute Magie. Plus tard, se retournant contre ceux qui l’avaient recueilli, il conduisit à bon port le peuple hébreu retenu en esclavage, grâce à un certain nombre de prodiges, comme l’ouverture de la Mer Rouge et la malédiction des « dix plaies d’Egypte ». Au terme de quoi ce fut l’Eternel lui même qui mit un holà à ces pratiques : « Qu’on ne trouve chez de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur ». Moïse devint donc un des plus farouches opposants de la magie, alors que les Hébreux auraient aimé continuer à la pratiquer. D’ailleurs, la magie hébraïque traversa des sicèles : c’est la fameuse Kabbale.
Salomon le sage (972 – 932 av. J.-C)
Fils de David et de Bethsabée, Salomon le Sage est l’auteur des « Clavicules de Salomon », un manuel qui vous propose de commander aux démons. Les Ecritures vantent la sagesse de Salomon à qui l’on prête toutes sortes de prodiges. Il possédait en particulier un anneau formé de sept métaux et gravé de sept planètes, qui assurait l’invisibilité. La réputation de Salomon fut telle que la reine de Saba –elle, même magicienne- voulut faire sa connaissance, ce qui donna lieu à une fructueuse relation.
Pythagore ( VIe siècle av. J.-C)
Pythagore est l’un des plus grands initiés de l’histoire de l’humanité : il était musicien, philosophe, mathématicien, magicien, médium, guérisseur et même thaumaturge (faiseur de miracles). Il était capable de projeter son corps astral pour aller aider les personnes en détresse. Il influença Platon, Virgile, Dante, et bien d’autres sommités, au cours des siècles. Pythagore croyait en « Un » présent dans chaque chose et d’abord en lui même (comme en chacun de nous), et il attribuait une valeur sacrée aux nombres qu’il faisait correspondre à des couleurs et à des sons.
Simon le magicien (Ier siècle)
On l’appelait : « L’homme au sac à prestiges » et ses disciples le prenaient pour un Dieu. Grand manipulateur de forces astrales, Simon le Magicien, que le Nouveau Testament présente comme un magicien sulfureux, était également un médecin qui avait la réputation de faire des miracles. Il pratiquait la lévitation, la psychokinésie (déplacement des objets par l’esprit) et devenait invisible à volonté. La doctrine qu’il propageait reposait sur un ésotérisme mystique, dans lequel la femme était le complément indispensable de l’homme, auquel elle permettait d’accéder à une connaissance cachée. Lorsque Simon le Magicien rencontra les apôtres Pierre et Philippe, qui détenaient eux aussi certains pouvoirs, il leur demanda de les lui dévoiler, contre de l’argent. Devant le refus des apôtres, le mage meurt proposa un combat que ceux-ci acceptèrent. Simon le Magicien matérialisa deux gros chiens noirs mais les apôtres envoyèrent à ceux-ci une miche de pain sacrée. Vexé, le magicien décida de s’envoler par la fenêtre, mais il s’écrasa sur le sol et mourut des suites de ses blessures.
Albert le Grand ( 1200 – 1280 )
Célèbre moine aujourd’hui canonisé, Albert Groot institua un enseignement de philosophie qui attira tant de monde qu’il dut faire ses cours en plein air, place Maubert, à Paris, laquelle tire son nom de « Maître Albert ». Les grands de ce temps se disputaient sa présence : Saint Thomas d’Aquin fut l’un de ses disciples et le pape Alexandre III le fit venir à Rome. Albert Groot était également le plus grand savant de son temps en chimie et en sciences naturelles. Il puisa son inspiration dans la philosophie arabe et la magie naturelle des Grecs, des Egyptiens et des Chaldéens, pour rédiger ses fameux grimoires…qu’on ne peut lui attribuer à coup sûr.
Marsile Ficin ( 1433 – 1499)
Qu’est ce qui fait que la magie marche ? interrogent les magiciens. Réponse : l’amour. Plus précisément, l’amour platonicien. Cette affirmation trouve sa justification doctrinale dans le commentaire que fit Marsile Ficin, au XV e siècle, à propos du Banquet de Platon : un texte qui fait toujours figure de référence de nos jours. Ficin explique que l’amour platonicien est ce fameux lien entre toutes les choses dont parlent les magiciens. Cette attirance mutuelle des choses entre elles fonde la magie. Dans un monde vu comme un organisme vivant et inter-multi-réagissant, le magicien ou le sorcier connaît ces « attirances » qu’il met en présence comme des réactifs chimiques.
J. Trithème ( 1462 – 1516)
Contemporain de Ficin, cet abbé bénédictin, grand érudit, a précisé la théorie de Ficin. Selon lui, Amour et Connaissances sont les deux ressorts d’une magie conçue comme spiritualité : nous connaissons ce que nous aimons et nous aimons ce que nous connaissons. S’élevant à l’amour universel, le magicien est saisi d’une illumination divine qui rend opérant ses rituels.
Henri Corneille Agrippa Von Nettesheim ( 1486 – 1535 )
“De Occulta Philosophia”, cet essai d’Agrippa en trois volumes (magie naturelle, magie céleste et magie cérémonielle) figure toujours dans la bibliothèque des mages et des sorciers contemporains. Cet ouvrage a une influence considérable. C(‘est le traité de magie le plus célèbre de la Renaissance. Dieu est au centre de l’œuvre magique d’Agrippa mais, en parallèle, l’auteur affirme que le magiste doit suivre une préparation mentale, physique et scientifique dans une double optique : parvenir à se dégager suffisamment de ses instincts pour être à l’écoute des énergies du monde et apprendre à connaître les lois secrètes qui régissent les choses du ciel et de la terre : ce qu’on appelle correspondances. Comment opère la magie, en fin de compte, demande Agrippa ? elle agit, dit il, quand la conscience humaine, dans un élan de folie divine, se fond ici et maintenant dans le « un » présent en toute chose.
Paracelse ( 1493 – 1541 )
Médecin à qui l’on doit d’avoir intégré sa discipline dans une philosophie globale de la nature, Paracelse est l’inventeur de la médecine magnétique (il inventa l’aimant à des fins thérapeutiques). Sa science se fonde sur l’idée que l’homme est un microcosme inclus dans un macrocosme. Ce macrocosme est un organisme vivant, au même titre que l’homme (les astres sont vivants pour Paracelse), et il exerce une influence sur le microcosme, influence qui peut être « lue ». En effet, Dieu aurait laissé partout sa signature dans la Anture, élément divin par excellence. Au magiste de retrouver et comprendre les liens entre toutes ces signatures. Son art lui permet à la fois de s’élever vers le ciel et de faire descendre celui-ci sur terre pour opérer des prodiges. Paracelse entérine l’idée que la magie se situe à mi-chemin entre le savoir et le pouvoir.
Giordano Bruno ( 1548 – 1600 )
Cet humaniste italien fut livré au Saint Office qui le soumit pendant huit années à la torture. Il fut brûlé vif sur la place des Fleurs, à Rome, le 16 février 1600. Parmi les accusations brandies contre lui figurait le crime majeur de pactiser avec les théories absurdes d’un certain Copernic, mort depuis 50 ans, mais dont le nom commençait à percer. La Terre ne serait plus immobile, au centre de l’Univers, soutenait Copernic : une affirmation lui était inacceptable pour l’Eglise. Giordano Bruno cumulait deux astres en s’intéressant également à la magie. Il pensait qu’il fallait aiguiser son imagination de manière à dilater son âme au point que celle-ci entre en contact avec l’ « Ame du monde » et acquiert ainsi une dimension et une puissance cosmique.
Campella ( 1568 – 1639 )
Campella, qui vécut à une époque où les mathématiques appliquées et les arts mécaniques revenaient au goût du jour, imprima un tournant à la magie en l’inscrivant dans un cadre rationnel. Pour lui, la magie était absolument naturelle et Dieu n’avait pas grand chose à voir là dedans. Il existe bel et bien des liens entre les choses, dit-il, mais de l’ordre de ceux qui unissent le fer et l’aimant.
Eliphas Levi ( 1810 – 1875 )
Très grand occultiste dans le domaine de l’alchimie, de la Haute Magie, comme de la guérison spirituelle, Eliphas Lévi ( de son vrai nom Alphonse Charles Constant ) écrivit un nombre considérable d’ouvrages et inspira un nombre encore plus considérable de gens, de Baudelaire à Gérard de Nerval en passant par Alexandre Dumas. Une longue suite d’occultistes se réclame de lui, dont le plus fameux est le docteur Gérard Encausse, plus connu sous le nom de Papus. Eliphas Lévi rédigea ce qui est devenu la Bible du pratiquant éclairé : « Dogme et Rituel de la Haute Magie ».
Helena Petrovna Blawatsky ( 1831 – 1891)
Elle est la fondatrice d’une doctrine appelée la théosophie, qui est un enseignement spirituel réunissant la science et la religion. Ses ouvrages, « La Doctrine secrète » et « Iris dévoilée » ont été des immenses succès. Comme Eliphas Lévi, elle eut une influence considérable sur ses contemporains et, en remettant au goût du jour les grands textes sacrés de l’Inde, elle fut le précurseur de l’intérêt actuel de l’Occident pour les doctrines spirituelles orientales, tels l’hindouisme et le bouddhisme.
Papus ( 1865 – 1916)
De son vrai nom Gérard d’Encausse, le fameux auteur du « Traité de magie pratique » était docteur en médecine à Paris. Il étudia d’abord l’hypnotisme à Saint Antoine, avant de devenir chef de laboratoire d’hypnothérapie, puis de créer en 1891 le « suprême conseil de l’Ordre martiniste », qui redonna un regain au mouvement martiniste. Celui-ci, fondé par Martines de Pasqually (1727 – 1779), distillait un ésotérisme judéo-chrétien marqué par l’influence de la Kabbale. Son principe de base était que la tâche de l’homme est de recouvrer son état originel. D’une influence prépondérante, Papus géra également le Groupe indépendant d’études ésotériques et l’Ecole hermétique.
Aleister Crowley ( 1875 – 1947 )
La doctrine de cet occultiste anglais eut une influence déterminante sur la magie au XXe siècle. En avril 1904, à la suite d’une évocation magique, au Caire, une entité nommé Aiwass dicta à Crowley « Le livre de la loi ». « Fais ce que tu veux sera la plénitude de la loi », dit celui-ci : un principe qui veut que l’être humain accomplisse se « volonté vraie », ce qui veut dire sa nature profonde. On réalise sa « volonté profonde par le moyen de la magie, laquelle vise à l’unification des opposés qui sont représentés sur le plan cosmique par une force féminine et une force masculine. Cette unification est permise par l’amour qui permet le dépassement de cette dualité. Ce dernier principe jette les bases de la pratique de la magie sexuelle.